TONI MORRISSON, de son  vrai nom Chloe Anthony Wofford, est née en 1931 dans l’Ohio, d’ une famille ouvrière de quatre enfants descendant d'esclaves. Elle est décédée à l'âge de 88 ans le 5 août 2019.

 

En 1949, à l’université Howarden, elle étudie la littérature et après le soutien de sa thèse sur le thème de suicide de Virginia Wolff, elle devient professeure à l’Université de Texas Southern puis retourne à l’université d’Howard, la seule « réservée» aux noirs.

 

A partir de 1964, après son divorce, elle s’installe à Syracuse puis à New York. C’est le début du mouvement des droits civiques. Nombre de ses élèves, comme Stokely Carmichael, partent dans le sud pour inscrire les Noirs sur les listes électorales. Entrée aux éditions Random House, elle est convaincue qu’il faut préserver une mémoire écrite des événements. Elle publie donc les autobiographies de Mohamed Ali, d’Angela Davis et une anthologie d’écrivains noirs (Black Book) en 1973.

Ces livres traitent souvent de la culture noire mais ne sont pas destinés qu’aux afro-américains.

D’ailleurs son premier roman « The Bluest Eye » met en scène une petite fille noire qui demande à Dieu de lui donner des yeux bleus. Mais comme son vœu n’est pas exaucé, elle en vient à douter de l’existence de Dieu. Il s’agit là de rappeler qu’avant l’affirmation identitaire, nous avons nourri des générations de complexes sur notre aspect physique. Ce roman a été mal reçu par la critique noire et certains lui ont reproché d’avoir « exhibé une vulnérabilité secrète aux yeux des Blancs ».

 

En 1988, elle obtient le Prix Pullitzer pour Beloved qui sera adapté au cinéma en 1998. En 2006, le jury du supplément littéraire du New York Times récompense ce roman comme le « meilleur roman de ces 25 dernières années ». Ce livre raconte l’histoire d’une mère qui, à la fin du 19ème siècle égorge sa fille pour qu’elle ne devienne pas esclave, meurtre qui la hante. Un jour elle rencontre une adolescente porteuse d’une large cicatrice au cou. Est-ce la réincarnation de sa fille ou le symbole d’une possible rédemption pour exorciser le passé ?

 

Elle reçoit le prix Nobel de littérature en 1993 pour l’ensemble de son œuvre et l’académie suédoise la récompense car « son art romanesque, caractérisé par une puissante imagination et une riche expressivité, brosse un tableau vivant d'une face essentielle de la réalité américaine». A ce jour elle est la huitième femme et seul auteur afro américain à recevoir une telle distinction.

 

C’est Toni Morrisson qui qualifie Bill Clinton de « premier Président noir américain », expliquant son idée par le fait que « Clinton présente toutes les caractéristiques du citoyen noir : un foyer monoparental, une origine très modeste, une enfance dans la classe ouvrière, une grande connaissance du saxophone et un amour de la junk food digne d'un garçon de l'Arkansas ! ». Barack Obama la décore en 2012 de la Médaille présidentielle de la liberté.

 

Ces livres ont presque tous pour personnage principal, les femmes marthyrisées. Mais elle se défend d’être une écrivaine « féministe ».

 

Elle se félicite qu’après avoir reçu un très grand prix, d’autres écrivains hispaniques, asiatiques, noirs écrivent "furieusement". Elle dit avoir «ouvert une porte qui ne se refermera pas », et en est très fière. 

 

Pour découvrir cette écrivaine, voici quatre livres dont Beloved à privilégier :

Un don : Durant la fin du XVII , les communauté indiennes sont décimées par les épidémies et les conquêtes. Un couple d'Européens dirige une ferme isolée à grands renforts de domestiques. L’auteur analyse les premières tensions raciales en Amérique.

 

 Paradis : Dans un eldorado fondé en 1950 par les Noirs pour oublier le mépris et la haine, le naturel revient quand les mâles imposent leur loi d’airain, que le puritanisme fait rage.

Ce paradis se transforme en enfer.

 

Home : récit où Toni Morrisson expose la violence sous toutes ses formes dans les années 1950 où un Noir est traumatisé suite aux horreurs dont il a été témoin durant la guerre de Corée.


CHEICKH AMIDOU KANE, d’origine peulh, est un haut fonctionnaire et un écrivain sénégalais né à Matam le 3 avril 1928. Après ses études primaires à St Louis et à Dakar, il passe son baccalauréat à Paris et des études d’économie à la Sorbonne tout en collaborant à la revue Esprit et en fréquentant des cercles d’intellectuels.

Il a une carrière politique bien remplie puisqu’à 30 ans il est nommé gouverneur de Thiès. En 1961 il est chef de cabinet du Ministre du Développement et du Plan. Il fut également représentant de l’UNICEF dans de nombreux pays africains, dirigea la Société Dakar-Marine et en 1981, les Industries chimiques du Sénégal. Le 27 mars 1990, sous la présidence de Abdou Diouf (successeur de Léopold Sédar Senghor à la présidence de la République de 1981 à 2000), il est nommé ministre délégué auprès du président de la République, chargé de l'intégration économique africaine.

 

C’est en 1961 qu’est publié son premier livre « L'aventure ambiguë », écrit dès 1952 qui reçoit le Grand prix littéraire d’Afrique noire en 1962. Ce conte teinté d’autobiographie raconte l’histoire d’un émigré africain en Occident y  soulignant le déchirement, le drame du métissage et de la double culture. C’est un récit emblématique de l’expérience coloniale en Afrique. Cet ouvrage montre le dilemme de l’Afrique entre tradition et modernité, l’impossible conciliation de deux cultures qui divergent fondamentalement dans leur écoute du monde et le trouble qui anime toute quête spirituelle authentique. Ce livre est devenu un classique de la littérature africaine où il est étudié dans toutes les écoles. Il a été traduit dans une trentaine de langues et 50 ans après sa publication, il est plus que jamais d'actualité.

 

 

Après plusieurs décennies de silence littéraire, il publie en 1995 « Les Gardiens du temple », qui est une suite de « L'Aventure ambiguë » rapportant de façon très romancée le conflit qui opposa, en 1962, Mamadou Dia (président du Sénégal entre 1957 et 1962) et Léopold Sédar Senghor, deux hommes dont il a été longtemps proche dans des circonstances post-coloniales.

 

Cheikh Hamidou Kan rappelle souvent qu’il « ne fut écrivain qu’à titre accessoire et que c’est grâce au succès de son premier livre qu’il s’est imposé comme une des figures incontournables des Lettres africaines ». Il est étonné que ce livre ait marqué l’esprit de générations d’Africains qui se reconnaissent dans le parcours de son héro Samba Diallo, des berges du fleuve Sénégal aux bancs de l’école française. Dans une interview, Kane parle de la portée universelle de son roman, des heurs et malheurs de l’intellectuel colonisé, de la responsabilité des élites dans la faillite du développement africain, de la « dépossession » identitaire.

 

 


DJIBRIL TAMSIR NIANE est né le 9 janvier 1932 à Conakry en Guinée. Il est écrivain et historien, spécialiste de l’histoire du Mandé, (région d’Afrique de l’ouest comprise entre le Mali, la Guinée, le Burkina Faso et le Sénégal), notamment de l’Empire du Mali - état africain médiéval fondé au XIIIe siècle par Soundiata Keita qui connut son apogée au xive siècle. Il serait à l'origine de la charte du Manden, transcription d’un contenu oral qui préserve et transmet l’histoire, la loi et la littérature de génération en génération dans les sociétés humaines qui n’ont pas de système d’écriture ou qui, dans certaines circonstances, choisissent ou sont contraintes de ne pas l’utiliser.

Il suit ses études d’histoires à l’Université de Bordeaux d’où il sort diplômé d’une licence et un DES en 1959.

Pour son mémoire portant sur l’Empire du Mali, il collecte auprès des griots, notamment Mamadou Kouyaté (griot guinéen du XXIème siècle) des récits de la tradition orale.

C’est à partir de ces recherches qu’il publie, en 1960, Soudjata ou l’épopée mandingue, un poème épique relatant la fondation de l’Empire du Mali par le roi Soundiata Keita au XIIIème, récit qui occupe une place très importante dans la culture ouest-africaine. Il continue par ailleurs d’inspirer de nombreux artistes comme des écrivains, des musiciens ou des cinéastes. Dans ce livre, les paroles qu'il propose sont paroles de griots. Nous apprenons l'histoire de l'Ancêtre du grand Manding, celui qui, par ses exploits, surpassa Alexandre, l'histoire du fils du Buffle, du fils du Lion : Soundjata, " l 'homme aux noms multiples contre qui les sortilèges n'ont rien pu. "

Sous les auspices de l’Unesco, il codirige avec Joseph Ki-Zerbo la publication du volume IV de l’Histoire générale de l’Afrique.

Parmi sa bibliographie, relevons le recueil de nouvelles Méry en 1975 ainsi que deux pièces historiques, Sikasso, ou la Dernière citadelle et Chaka. Djibril Tamsir Niane signe en outre de nombreux manuels scolaires et rend hommage aux histoires traditionnelles de son pays dans les recueils Contes d'hier et d'aujourd'hui (1985) et Contes de Guinée (2006).

Il est également l’auteur de nombreuses pièces de théâtre comme Les fiançailles tragiques. Mais certains de ses écrits lui vaudront de la prison sous le régime de Sékou Touré, puis un exil au Sénégal dans les années 1970.

Il est considéré comme un éminent historien d'Afrique Noire, qui s'est consacré à l'étude de la civilisation noire et à des recherches dans le domaine des sciences sociales.

Djibril Tamsir Niane est le père de Katoucha Niane, l'une des premières mannequins noires internationales, qui publie peu avant sa mort à Paris en 2008, un ouvrage intitulé Dans ma chair où elle révèle avoir subi une excision à l'âge de 9 ans.


MONGO BETI Ecrivain camerounais né en 1932 sous le nom de Alexandre Bividi Awala. Romancier renommé il est également essayiste engagé, enseignant, libraire et éditeur.

En 1953, il publie « Sans haine et sans amour » dans la revue Présence Africaine et son premier roman « Ville cruelle » sous le pseudonyme d’Eza Boto.

À partir de 1956, il s’inscrit comme écrivain anticolonialiste et ses romans et essais sont publiés sous le pseudonyme Mongo Beti. Il publie « Le pauvre Christ de Bomba » dans lequel il se livre à  une description satirique du monde missionnaire et colonial français. Ce roman fait scandale. Paraissent ensuite "Mission terminée", 1957 (Prix Sainte-Beuve 1958) et "Le Roi miraculé". De 1959 à 1994, il enseigne comme professeur agrégé de Lettres classiques dans différents lycées en France.

En 1972 qu’il revient à l’écriture avec « Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation », livre censuré par le Ministère de l’Intérieur français sur demande du gouvernement camerounais.

Cela ne l’empêche pas de publier en 1974 « Perpétue » et «Remember Ruben».  Après une longue procédure judiciaire, Mongo Beti obtiennent en 1976 l’annulation de l’arrêté d’interdiction de "Main basse".

Tout au long de sa carrière, il dénonce le néo-colonialisme et en 1978, il lance avec son épouse Odile Tobner, la revue bimestrielle Peuples Noirs, Peuples africains, qui paraîtra jusqu’en 1991. Cette revue décrit et dénonce inlassablement les maux apportés à l’Afrique par les régimes néo-coloniaux. Pendant cette période paraissent de nombreux romans et en 1989 le « Dictionnaire de la négritude ».

C’est seulement en 1991 que Mongo Beti rentre au Cameroun, après 32 années d’exil. Il publie en 1993 "La France contre l’Afrique", retour au Cameroun. En 1994, il ouvre à Yaoundé la Librairie des Peuples noirs. Il crée des associations de défense des citoyens, donne à la presse privée de nombreux articles de protestation. 

Après sa mort en 2001, son épouse continue avec courage son combat contre le racisme et le colonialisme. Présidente de l’association Survie depuis 2005, elle publie « Du racisme français, quatre siècles de négrophobie », ouvrage qui a réussi le tour de force de n’obtenir aucune mention critique dans les journaux français !


FATOU DIONE nait en 1968 sur l’ile de Niodior dans le delta du Saloum. Elle est élevée par ses grands parents maternels qui la protègent face aux membres de sa propre famille et la société qui la rejettent car elle est une fille naturelle, sa mère n’étant pas mariée au moment de sa naissance.

Très tôt, elle côtoie les hommes plutôt que d’aider les femmes comme l’exigent les traditions. Elle est en décalage avec le microcosme de l’ile. Elle va d’abord à l’école en cachette car sa grand-mère met du temps à accepter qu’elle puisse être éduquée. C’est un instituteur qui la convaincra de laisser sa petite fille étudier. Dès lors Fatou se passionne pour la littérature francophone.

Dès 13 ans elle quitte son village pour poursuivre ses études sur le continent. Elle finance sa vie par des petits boulots. Ses études universitaires se feront à Dakar où elle songe à devenir professeur de français.

Mais à vingt-deux ans en 1994, elle tombe amoureuse d'un Français, se marie et décide de le suivre en France. Une fois encore elle est rejetée, cette fois par la famille de son époux dont elle divorce deux ans plus tard. Elle se retrouve en grande difficulté, abandonnée à sa condition d'immigrée sur le territoire français. Pour pouvoir subsister et financer ses études, elle fait des ménages pendant six ans, même lorsqu’elle exerce comme chargée de cours durant son DEA, car elle reçoit un revenu insuffisant pour vivre.

En 1994, elle étudie à l’Université de Strasbourg où elle prépare une thèse sur Le Voyage, les échanges et la formation dans l'œuvre littéraire et cinématographique de Sembène Ousmane,

Elle obtient la nationalité française en 2002 à un «  moment où je ne la demandais plus car au bout de huit ans de déclarations d'amour sans réponse, on est un peu fatigué. » et s’énerve souvent en expliquant : « Quand je dis que je suis française, ça fait sourire les mauvais esprits. Mais ceux qui me dénigrent ne savent pas que ma chère grand-mère, née dans un département français du Sénégal, était peut-être française avant la leur. Et peut-être que leurs ancêtres n'ont pas combattu autant que les miens pour défendre le drapeau français. »

Cette manière de n'être jamais bienvenue nulle part qui la suit depuis sa naissance en tant que fille illégitime, nourrit ses romans comme sa vision politique : « Avec une peau foncée, le soupçon d'illégitimité est partout, on vous prend pour une grappilleuse de nourriture au banquet des Gaulois ! J'écris depuis la place que l'on m'assigne, celle des misérables, des bâtards, des exclus, des recalés partout en face des cravatés repus... Les notables vont me prendre pour une saltimbanque en délire, tant pis ! »

Elle se révolte contre les préjugés, elle fuit ceux qui ceux qui se plaignent du racisme (« Bats-toi au lieu de geindre ! »), mais constate à mi mot que la parole s'est décomplexée : « Quand je suis arrivée, c'était plus diffus, plus honteux. Aujourd'hui, on vous insulte en vous regardant dans les yeux. »

Elle affirme lors d’une émission de télévision en évoquant les valeurs et la culture françaises "L'amour est plus fort que la haine et la culture est toujours plus forte que l'ignorance. Je crois en une France lumineuse qui se battra toujours pour ses valeurs parce que c'est pour ça que je la respecte ».

Fatou Diome conclut sur cette affirmation : "Donc les sectaires ils ont peur de moi, parce que moi je les revendiquerai toujours comme mes frères et sœurs".


MARIANA B voit le jour en 1929 à Dakar dans une famille riche dont le père est devenu le ministre de la santé du premier gouvernement sénégalais en 1957.

Elevée par ses grands-parents dans un milieu musulman après la mort prématurée de sa mère, elle obtient à 14 ans son certificat d’études dans une école française et poursuit ses études jusqu’en 1947. Puis elle enseigne pendant 12 ans à l’Ecole normale de Rufisque au Cap Vert.

 

C’est à la suite de l’expérience acquise de ses 3 mariages, dont elle aura 9 enfants, qu’elle s’engage dans des associations féministes en prônant l’éducation et les droits des femmes.

 

Elle prononce de nombreux discours et publie des articles dans la presse locale sur la vie des femmes et notamment sur celles dont la vie est défavorisée.

 

Elle publie en 1979 son premier roman intitulé « Une si longue lettre » qui souligne les conditions sociales de son entourage et de l’Afrique en général. Elle met en scène une femme qui, pendant la réclusion traditionnelle qui suit un veuvage, écrit à une amie pour lui parler du quotidien des femmes africaines qui subissent la polygamie, les castes, les mariages forcés, le manque de droits.

Elle y évoque aussi leurs souvenirs heureux d'étudiantes impatientes de changer le monde, et cet espoir suscité par les Indépendances.

Dès sa sortie, son roman connaît un large succès tant auprès de la critique que du public. Elle obtient le Prix Noma à la Foire du Livre de Francfort en 1980.

 

Elle meurt en 1981 des suites d’un cancer dans sa ville natale avant la sortie de son second roman « Un chant écarlate ». Là c’est l’échec d’un couple mixte (lui sénégalais, elle française) qui s’est rencontré sur les bancs de l’école qui est le fil conducteur de ce livre. Les personnages se heurtent à un environnement familial traditionnel et hostile. Ils parlent aussi de l’attachement à leur culture, des concessions que l’on doit les uns aux autres pour une vie en commun.

 

Malheureusement, ce livre écrit dans un style magnifique et lyrique est presque introuvable aujourd’hui. Il peut être le symbole du manque d’intérêt de l’Afrique francophone pour sa littérature.

 

Pourtant Mariana Bâ est la première romancière africaine à décrire avec une telle lumière la place faite aux femmes dans sa société. Elle est considérée comme l’une des plus grandes plumes du continent.